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Notre assiette a-t-elle un genre?

Le MeatLab Charal se donne pour ambition d’entamer le dialogue autour de thématiques d’actualité qui agitent notre société, avec pour objectif d’en comprendre les conséquences sur notre alimentation. C’est pourquoi à l’occasion de sa deuxième édition le 10 janvier 2019,  le MeatLab Charal s’est penché sur  la question du genre et a invité plusieurs experts à décrypter les répercussions du genre sur le contenu de notre assiette.

 

Alors que le type sexuel fait référence aux différences biologiques entre femmes et hommes, le genre est un concept qui réfère aux différences sociales entre femmes et hommes. La question du genre est une thématique au cœur de l’actualité, qui interpelle et questionne les français : en quoi naître fille ou garçon influence-t-il nos comportements ? C’est toute une société qui se remet en question pour faire bouger les lignes de la relation hommes-femmes : de la carrière professionnelle, à la répartition de la charge mentale familiale, en passant par les codes vestimentaires et alimentaires. Le sujet de l’alimentation et du genre est montant, avec des questionnements tels que : avons-nous des codes alimentaires différents ? Nos choix alimentaires sont-ils représentatifs de notre personnalité et de notre genre ? Existe-t-il des clichés, tels que ‘les hommes consomment de la viande et les femmes du poisson’ ?  Si oui, la raison est-elle sociétale, physiologique ou autre ?

En une phrase : Notre assiette a-t-elle un genre ?

L’étude menée par Kantar Worldpanel pour le MeatLab Charal (disponible ICI) vient appuyer  cette idée d’un lien entre genre et alimentation avec l’existence de stéréotypes de genre : les légumes frais sont en effet un peu plus présents dans les repas des femmes, avec à l’inverse, le fromage, le pain, la viande fraîche et la charcuterie plus présents dans les repas des hommes. Ces données sont également confortées par l’étude ANSES 2017 illustrée ci-contre :

Si les hommes et les femmes consomment presque autant de viande, quelques différences peuvent émerger avec certaines protéines légèrement plus féminines, comme le jambon blanc, le veau, le poisson, les œufs et la volaille fraîche.

 

Certaines offres de viande de bœuf sont également à la marge un peu plus féminines, comme les brochettes, le haché, le tournedos, le carpaccio ou à l’inverse plus masculines, comme le tartare et l’entrecôte.

Comment expliquer ces différences ou atypismes dans le rapport aux aliments entre hommes et femmes ?

 

  • Par des raisons neurobiologiques

Notre cerveau a-t-il un sexe ?  La réponse scientifique est oui et non… La neurobiologiste Catherine Vidal nous l’explique :

« Il existe des différences entre les cerveaux des femmes et des hommes, notamment dans les zones du cerveau qui contrôlent les fonctions associées à la reproduction sexuée, mais les femmes et les hommes ont les mêmes capacités cérébrales ».

Notre cerveau a la capacité à s’adapter à l’environnement et aux évènements de la vie, c’est ce que l’on appelle la “plasticité cérébrale”. Ce n’est donc pas notre cerveau en tant que tel mais l’impact de la culture et de la société qui va orienter les hommes et les femmes dans leur alimentation.

  • Par des raisons historiques et culturelles

Les hommes et les femmes ont une attitude distincte face au contenu de leur assiette. Comme l’explique le sociologue Jean-Pierre Poulain, le genre a bien son importance, mais parmi d’autres facteurs sociaux qui prédéterminent notre rapport à l’alimentation (religions, cycles de vie, revenus, niveau d’éducation, cultures régionales, etc.)

Dans nos sociétés européennes, cette question de la place de la viande dans l’alimentation et de l’attitude différenciée des hommes et des femmes à son égard s’inscrivent dans des longueurs historiques. En effet, les hommes entretiennent une relation historique à la viande qui remonte à la pratique de la chasse, dans les sociétés aristocratiques à l’époque médiévale, qui se prolongeait à table avec la découpe de la viande à l’épée.

 

« Dans les représentations collectives, un homme ça aime la viande ! La culture, la publicité, les clichés aident à perpétuer cette mythologie. »

Jean-Pierre Poulain
Sociologue, anthropologue, spécialiste de l’alimentation.

 

De même, dans la paysannerie, les rôles sont précisés : tuer le cochon ou amener les bêtes à l’abattoir, c’est une affaire d’hommes alors que tuer le lapin, c’est une affaire de femmes.  Après la 2nde guerre mondiale la viande  devient  un marqueur de progrès social, synonyme de partage et de repas d’exception. L’époque contemporaine a quant à elle amené une vision plus nutritionnelle de l’alimentation, avec notamment des arguments liés au contrôle de poids auxquels les femmes sont plus sensibles.

 

  • Par des raisons psychologiques

Si la psychologue Caroline Weill explique que « l’alimentation constitue le premier plaisir de la vie » et que sur ce point, il n’y a pas de différences entre masculin et féminin, il semble néanmoins que le contexte de consommation joue un rôle déterminant dans le comportement qu’un homme ou une femme adoptera face à son assiette. Emportés dans un rapport de séduction qui prédomine les relations humaines, nos choix alimentaires reflètent les principes d’éducation et la culture dans lesquels nous sommes imprégnés depuis notre enfance de fille ou garçon.

 

Le lien entre genre et alimentation peut être envisagé sous des facettes multiples, qui témoignent de la complexité du rapport des hommes et des femmes face à leur assiette. Un sujet passionnant et en évolution permanente, dont les enseignements peuvent être téléchargés dans le COMPTE-RENDU ou visualisés via la VIDEO du MeatLab Charal « Notre assiette a-t-elle un genre ? » du 10 janvier 2019.