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VIANDE & NUTRITION

Un métier, une vocation : Eleveuse

A quoi ressemble le quotidien d’une éleveuse ? Qu’est-ce qui anime une éleveuse de bovins dans l’exercice de sa profession ? Fabienne Morin, éleveuse à la Flocellière en Vendée répond à nos questions.

La France est une terre d’élevage avec ses 145 000 exploitations consacrées à l’élevage, soit 37% de l’ensemble des exploitations françaises (agreste 2021) et plus de 1/5e du territoire est recouvert par des surfaces en herbe : l’élevage modèle les paysages français.

Pourtant, le métier d’éleveur bovin connaît depuis plusieurs décennies des changements de fond : diminution du cheptel bovin au niveau national, baisse du nombre d’exploitations mais avec une augmentation de leur taille, nouveaux profils d’installés, nouvelles exigences du consommateur… Les exploitations d’aujourd’hui sont bien différentes de celles d’hier, mais être éleveur reste avant tout un métier de passionnés.

Fabienne Morin, éleveuse depuis une trentaine d’années, a vu toutes ces évolutions et a cherché avec son frère et son neveu sur leur GAEC La Renaissance à allier leur passion de l’élevage avec les nouvelles exigences du métier pour combiner des pratiques d’élevage de qualité et le respect de l’animal.

Comment êtes-vous devenue éleveuse de bovins ?

Mes parents étaient éleveurs et j’ai grandi sur l’exploitation, c’est ce qui m’a donné le goût du métier. Petite, j’adorais suivre mes parents pour les aider, j’accompagnais mon père au marché lorsqu’il allait acheter les veaux. Dès que je n’avais pas école, j’étais avec eux pour les aider et j’adorais ça.

Dans mes études plus tard, je n’ai pas choisi le monde agricole, j’ai suivi un BEP comptabilité et une fois mon diplôme en poche, j’ai travaillé plusieurs années dans une entreprise privée mais je n’étais jamais bien loin de la ferme !

Je suis revenue sur l’exploitation à la fin des années 90, mon père partant à la retraite, il fallait réfléchir à la suite avec mon frère et mon neveu. On avait des projets d’agrandissement et de diversification, moi, j’avais toujours la même passion alors je n’ai pas hésité et ai rejoint l’aventure familiale.

En quoi consiste votre métier ?

Mon métier, c’est d’être avec les bêtes, je passe mes journées à les observer et à en prendre soin. On élève des bovins et on le fait du mieux qu’on peut avec un cahier des charges bien défini. Je peux dire au consommateur, aujourd’hui et demain, qu’il peut manger notre viande sans se poser 36 questions et ça, j’en suis fière. Nous, on se bat tous les jours pour faire de la bonne viande et offrir un produit de qualité.

L’exploitation a beaucoup évolué entre les années 90 et le moment où vous l’avez rejoint, aujourd’hui, comment percevez-vous ces changements ?

Avant, mon père avait 70 bovins sur 30 hectares et ma mère un atelier en veaux de boucherie. Avec mon frère, on a très vite compris qu’il fallait se diversifier et s’agrandir pour tenir bon. Notre état d’esprit sur la ferme c’est que si on a un projet, il faut se lancer et si jamais on n’y arrive pas, ce n’est pas grave, c’est en tremplin pour autre chose !

On a arrêté l’activité de naisseur en charolais sélection qui demandait énormément de temps pour se concentrer sur l’engraissement. On a évolué vers un modèle de polyculture-élevage, mais en l’espace de trente ans : on a agrandi les terres de cultures et de prairies, on a développé la volaille et en 2019, on a eu l’opportunité de se lancer sur une filière de veaux Herbo’pacte.

Aujourd’hui, on a 200 hectares de cultures (blé, maïs, colza) et de prairies, 350 bovins au total en blonde d’Aquitaine, limousine et Herbo’pacte, un atelier d’une centaine de veaux Herbo’pacte et 7000 m2 de volailles. On a maintenant deux associés, deux salariés et un apprenti, avec chacun sa production comme ça tout le monde s’y retrouve !

Qu’est-ce que la filière Herbo’pacte ?
Créée en 2003 par Charal pour ses éleveurs disposant de prairies non utilisées, cette filière s’appuie sur un cahier des charges exigeant pour valoriser un système d’élevage centré sur l’herbe. Grâce à un croisement de races rustiques (croisement angus ou hereford), les troupeaux vivent au pré une grande partie de l’année et sont nourris exclusivement à l’herbe dont ils assimilent très bien les qualités nutritives. Plus résistants et mieux adaptés aux conditions extérieures, les animaux de la filière Herbo’pacte nécessitent moins de soins vétérinaires et de traitements antibiotiques tout au long de l’année – l’éleveur est ainsi moins sollicité et peut agir davantage en prévention. La démarche est également valorisée par un engagement de rachat des animaux à un prix défini avec les éleveurs partenaires.

Votre exploitation est en polyculture-élevage, est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi cela consiste ?

La polyculture-élevage est un système de production s’appuyant sur la complémentarité entre l’élevage et la culture par la gestion des matières organiques. L’exploitation peut ainsi, grâce à ses cultures et ses prairies, être autonome sur l’alimentation du bétail (herbe, paille, foin, céréales) et les activités d’élevage permettent la production de fertilisants (fumier, lisier) et limite ainsi l’achat d’intrants. Enfin, la polyculture-élevage permet une meilleure résilience du système face à des aléas climatiques et économiques.

Quelles sont vos tâches au sein de l’exploitation ?

Au sein du GAEC, on s’est réparti les productions et moi, je m’occupe de l’atelier avec les veaux Herbo’pacte. Tous les 3 à 4 mois, je sélectionne des veaux dont je vais prendre soin jusqu’à ce qu’ils atteignent les 4 à 5 mois. Pendant ce temps sur la ferme, ils seront nourris au lait jusqu’au sevrage, et ensuite à l’herbe et au blé pour devenir de belles bêtes qui seront ensuite revendues ou gardées dans l’exploitation. J’aide aussi mon frère sur la partie bovine et gère tout ce qui concerne l’administratif de l’exploitation parce qu’aujourd’hui, il faut savoir tout faire : être secrétaire, comptable, ingénieur, tout comprendre et ça prend beaucoup de temps.

Comment se passe généralement une de vos journées ?

Je démarre vers 7h30 le matin et je vais directement voir mes petits veaux. C’est mon rituel de la journée, je commence avec eux et je finis avec eux. Je les nourris, je vérifie qu’ils ont de l’eau, de la paille, que tout va bien. Ensuite, je fais le tour des champs pour voir les bovins et m’assurer qu’il n’y a pas de risque sanitaire – c’est-à-dire une bête qui aurait une boiterie, une toux ou serait malade. Il faut être très vigilant pour les soigner rapidement.

L’après-midi, je m’occupe de la partie administrative. Pour chaque bête, il y a un travail de traçabilité. Elles ont un passeport donc dès que l’une d’entre-elles part de l’exploitation, il y a tout un suivi, il faut que tous ses papiers soient à jour et enregistrés pour que l’administration puisse savoir où elle est. Puis, il y a les rendez-vous avec les fournisseurs et les clients et en fin de journée, je retourne voir les veaux pour m’assurer qu’ils ont tout ce qu’il faut pour leur nuit. J’essaie en général de finir ma journée vers 18h30-19h.

En tant qu’éleveuse, vous travaillez dehors une bonne partie de l’année, comment gérez-vous la météo ?

Nos troupeaux restent environ 230 jours par an en extérieur et nous aussi. En été, on est très vigilant sur les coups de chaleur pour la volaille et avec les moissons on a hâte de récolter les céréales. Pour les bovins, la ferme est en plein dans les bocages vendéens avec des prairies bordées de haies, de bois et chacune est desservie par des ruisseaux donc lors des grosses chaleurs les bêtes trouvent toujours de l’ombre !

Pour l’instant, même avec les sécheresses les prairies tiennent, on a de quoi faire nos stocks de foin pour l’hiver et avec la mise en place du pâturage tournant, l’herbe est verte et riche, nos bêtes ont toujours à manger.

Et en hiver, c’est simple : si j’ai trop froid, c’est pareil pour mes animaux ! Tout le monde à l’intérieur dans les bâtiments au chaud et dès la mi-mars, s’il ne fait pas trop humide, on les remet au pré.

Quelles sont les particularités des races que vous élevez ?

Sur la ferme, on a environ 30 blondes d’Aquitaine, 50 limousines et 80 Herbo’pacte qui est une race issue d’un croisement hereford/prim’Holstein ou angus/prim’Holstein et c’est sans compter les petits veaux.

La limousine et la blonde d’Aquitaine sont des races bouchères, connues pour la qualité de leurs viandes. Dans les prés, on les reconnaît à leurs robes beiges pour la blonde d’Aquitaine et plutôt marrons pour la limousine. Elles ont aussi leur petit caractère mais ce sont surtout des races qui en état d’engraissement en finition sont belles, tout simplement belles.

Sur les Herbo’pacte, c’est une race issue d’un projet mené par Charal, avec ce croisement, on a des animaux plus légers par rapport aux races bouchères classiques et plus abordables pour le consommateur, tout en ayant une alimentation de qualité avec le pâturage à l’herbe. Tous les jours, je les vois grandir, je sais qu’on en prend soin et je suis fière de me dire que le consommateur quand il achète sa viande en magasin, il mangera un produit de qualité.

Y a-t-il un enjeu particulier auquel les éleveurs doivent faire face aujourd’hui ?

Le poids de l’administratif est de plus en plus lourd et nous prend beaucoup de temps. On a aussi beaucoup de contrôles, c’est important car ça garantie le cadre de production et la qualité, mais c’est aussi frustrant de se battre tous les jours à faire de la bonne viande française et de finalement retrouver dans son assiette au restaurant, une viande sans origine.

Puis, les prix varient beaucoup sur les prix des matières premières, un jour, le blé peut être très haut et le lendemain, il peut être très bas. L’azote, on l’a connu à 300€ la tonne et avec la guerre en Ukraine, elle est montée à 1 000 €. C’est pour ça qu’il faut se diversifier, il ne faut pas oublier qu’on travaille avec du vivant, il y a toujours un risque donc dès que ça va bien sur l’exploitation, il faut en profiter pour essayer de nouvelles choses.

Que conseillez-vous à ceux qui aimerait suivre la même voie que vous ?

Je les encouragerais. Parce qu’aujourd’hui, il faut des jeunes derrière nous. On se rend bien compte que l’élevage bovin a diminué que ce soit en lait ou en engraissement. Et là, je me dis que c’est quand même dommage. Pour se lancer aujourd’hui dans la production bovine, il faut être passionné. De toute façon, s’ils ne sont pas passionnés, ça ne marchera pas. Parce qu’il faut être patient, les résultats ne sont pas là tout de suite.

Pour chaque bovin qui arrive chez nous, il faut compter environ 20 mois avant qu’il n’atteigne son seuil de maturité. C’est un cycle long qui nécessite beaucoup de patience pour que l’animal grandisse dans les meilleures conditions et qu’au final, le consommateur puisse avoir un produit de qualité qui représente le fruit de notre travail et notre investissement.